Déguster un espresso – et protéger la forêt tropicale

Le seul café sauvage du monde pousse dans les forêts tropicales du sud-ouest éthiopien. Les habitants des villages voisins cueillent les gousses dans la forêt. Ils en font du "Bunna", nom local de cette boisson chaude qu’ils apprécient au point d’en boire à toute occasion. Les jours de fêtes ou en l’honneur d’invités de marque, la préparation devient une cérémonie de plusieurs heures, accompagnée d’arômes fort agréables. Le breuvage brun foncé et épais qui s’écoule dans les tasses minuscules dégage une odeur enivrante. Le café sauvage offre également une saveur qui ravit même les palais les plus difficiles: peu d’acidité, mais un formidable bouquet d’arômes fruités et minéraux.

Ce qui est différent coûte un peu plus cher: 9 francs 40, c’est le prix de vente conseillé pour un paquet de 220 grammes, torréfaction moyenne, 9 francs 60 pour l’espresso, en grains ou moulu. Mais qu’importe le choix, boire Kaffa en espresso, capuccino ou café au lait du matin, c’est non seulement se faire plaisir mais c’est aussi contribuer directement à sauvegarder les derniers restes de la forêt tropicale éthiopienne de montagne et à assurer des revenus aux paysans de Kaffa.

Il y a quelques années en effet, lorsque le cours mondial du café de plantation s’effondrait, les paysans éthiopiens perdirent en même temps leur moyen d’existence. Ils récoltaient alors le café sauvage des forêts avoisinantes pour fournir le marché intérieur de cette nation grosse consommatrice de café, véritable boisson nationale. Les cours se sont effondrés, leurs revenus aussi. Ils n’avaient plus d’autre choix que d’abattre les forêts inutiles pour y planter entre autres du maïs.

Si l’ensemble de la forêts tropicale de montagne disparaissait totalement, cela entraînerait également la destruction du berceau du café. Les scientifiques ont pu en effet prouver que tous les caféiers de la sorte noble Arabica, que l’on cultive de nos jours tout autour du globe, proviennent des caféiers de la petite région entre Kaffa et la frontière soudanaise. Les forêts tropicales éthiopiennes de montagne constituent ainsi une «banque de gènes» naturelle pour la plante utile qu’est le caféier. Si quelque part dans une plantation du monde un insecte nuisible ou une maladie attaque les plantations, les spécialistes peuvent les croiser avec les espèces sauvages résistantes de la province de Kaffa. L’exemple le plus frappant remonte aux années 1970 lorsque put être sauvée de la sorte une grande partie des cultures brésiliennes rongées par un champignon.

Grâce au projet du café, initié par l’organisation allemande «GEO protège la forêt tropicale», les paysans de la province de Kaffa ont de nouveau trouvé des acheteurs pour le café des forêts. Ils reçoivent également un prix notablement plus élevé que celui du marché. Depuis, bien des choses ont changé dans la région. Ce projet offre en outre d’autres perspectives intéressantes aux habitants en plusieurs domaines. Les paysans, notamment, sont responsables de l’exploitation à long terme de la forêt. Ils peuvent augmenter la production de leurs champs par l’emploi de semis de meilleure qualité. Et ils disposent entre-temps – élément particulièrement essentiel dans ces contrées isolées – d’un système médical simple, certes, mais efficace. Les médecins locaux et autres auxiliaires dispensent les informations nécessaires à la lutte contre le sida et au planning familial.


Reportage de

ARTE-TV

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